Samedi 19 octobre : Les mots en partance

Les mots en partance Fictions à l'honneur EV

Les Fabriques d’écriture vous invitent à une Journée d’écriture au Jardin Monplaisir samedi 19 octobre. Dès 14h, retrouvez les 5 animatrices de l’association des Fabriques d’écriture pour 5 ateliers d’écriture :

Avec Jim Harrison. Grands espaces, Le Cabinet d’Écritures d’Élise Vandel, 14h00 à 16h00.

Transhumance, Céline Bensoussan, 14h00 à 16h00.

Voyage en polar, Malie Berton, L’Échangeoir d’écriture, 14h00 à 16h00.

Un personnage, une histoire, Isabelle Dugied, Les mots clés, 16h30 à 18h30.

Anniversaire, Monique Bernot, 16h30 à 18h30.

Pour vous inscrire, c’est ICI

 

LES MOTS R EN PARTANCE2

Ecrire avec Jane Austen : Du fond de mon cœur, lettres à ses nièces.

Article initialement publié sur l’Echangeoir d’écriture le 12 septembre 2017.

Vous n’avez jamais rêvé de recevoir les conseils de votre auteur préféré ? Avec Jane Austen, c’est presque possible.

Je m’explique. Jane Austen avait plusieurs nièces qui écrivaient et lui envoyaient leurs textes. Bien que de nombreuses lettres aient été détruites, certaines ont été préservées et récemment traduites. Grace à elles, voici les grandes lignes de l’art d’écrire selon Jane Austen.

Un credo de Jane Austen : la liberté de l’auteur

Jane Austen le répète, c’est l’auteur qui a le dernier mot, et toutes ses critiques sont faites de façon à ne pas blesser. Elle argumente et justifie ses remarques, plaide pour l’humour et le plaisir d’écriture. Enfin, elle refuse de se plier aux modes et surtout elle encourage «  Je t’en prie, continue ! ». Un exemple à suivre pour bien des animateurs et bêta-lecteurs !

Approfondissement et  refus des clichés.

Que ce soit au niveau de la construction de l’histoire, des personnages ou du style, Jane Austen rappelle l’importance d’aller au bout des choses, sans accepter la paresse du déjà-vu. Elle encourage toujours à refuser les expressions toutes faites, les personnages conventionnels et n’hésite pas à se moquer des livres qui y ont recours.

Je crains qu’Henry Mellish ne soit trop proche du classique Héros de Romans : un jeune homme séduisant, aimable et irréprochable (comme il en existe si peu dans la vraie vie). [p. 34.]

De la même façon, elle applaudit les efforts pour donner de la profondeur, refuse le manichéisme. Pour Jane Austen, un personnage un peu ambigu est  « bien plus intéressant ainsi que s’il avait été totalement bon ou affreusement mauvais ».

J’imagine que vous êtes d’accord sur le principe, mais il est bon de le rappeler. Nous savons tous qu’il peut être difficile de doter ces personnages que nous chérissons tellement de failles ou de (vrais) défauts.

De la  logique et  de la vraisemblance, les piliers d’écriture de Jane Austen.

Pour Jane Austen, il faut être crédible aux yeux du lecteur. Inutile, dit-elle à l’une de ses nièces, d’accompagner tes personnages en Irlande, puisque tu n’y as jamais été. Qu’ils fassent leur voyage, mais pas de descriptions que des lecteurs pourraient juger fausses.

De la même façon, les personnages doivent agir en fonction d’une seule et même personnalité, tout au long du roman. « Souviens-toi, elle est très prudente ; te ne peux la laisser agir de façon inconséquente ».

Enfin, elle rappelle la nécessité de la vraisemblance. A ce niveau, elle fait une remarque que tout écrivain devrait garder en tête : ce n’est pas parce que quelque chose est vraiment arrivé, que ce sera acceptable dans un roman.

J’ai supprimé le passage où Sir Thomas conduit en personne les autres hommes à l’étable le jour même où il s’est cassé le bras. Car, bien que ton Papa ait pusortir se promener tout de suite après avoir soigné sa fracture du bras, c’est tellement inhabituel que cela ne me paraît pas naturel dans un livre.[ p. 23]

 

Oublier son égo d’auteur et supprimer tout ce qui ne sert à rien.

Tout auteur s’est trouvé un jour devant ce dilemme : un passage que l’on aime mais qui ne sert à rien. Jane Austen nous rappelle toute l’importance de savoir supprimer, tout en reconnaissant que cela peut nécessiter un peu de temps.

J’espère qu’une fois que tu auras bien avancé, tu te sentiras capable de supprimer certaines des scènes précédentes. Celle avec Mrs Mellish doit être éliminée : elle est insipide et n’apporte rien à l’intrigue. [ p. 32]

De la même façon, elle invite à être concise et à ne pas confondre plaisir d’écriture et plaisir pour la lecture :

Tu dépeins un lieu fort agréable ; cependant tes descriptions sont souvent trop minutieuses pour rester attrayantes. Tu te disperses et donne trop de détails de-ci de-là. [ p. 29]

Et oui, encore un auteur qui nous dit qu’écrire c’est aussi effacer…

Pour le plaisir, une dernière citation :

Pour terminer en beauté, voici l’un de mes passages préférés où l’on retrouve le ton caustique et la liberté d’idées de Jane Austen.  Elle écrit à sa nièce Anna à propos d’un de ces personnages:

Je préférerais que tu ne le fasses pas plonger dans un « Tourbillon de Débauche ». Je n’ai aucune objection pour la chose en elle-même mais je ne puis souffrir cette expression ; c’est une image littéraire tellement rebattue et si ancienne que j’ose affirmer qu’Adam la rencontra lorsqu’il ouvrit le premier roman ». [p. 36]

N’hésitez pas à vous découvrir le livre, s’il ne parle pas entièrement d’écriture (seule la première partie en traite vraiment), il vous permettra de voir la distance entre l’auteur et ses personnages. Et ça, c’est aussi un élément à rechercher pour tout écrivain qui souhaite toucher ses lecteurs.

Bonne lecture /écriture et à bientôt.

Jane Austen, Du fond de mon cœur, lettres à ses nièces, Ed. Finitude, le livre de Poche, 2015, 185 p.

Cette phrase contient cinq mots, histoire d’un conseil viral.

Article initialement paru sur l’Echangeoir d’écriture le 9 janvier 2017.

Pour bien commencer l’année, voici un conseil d’écriture que je voulais absolument partager avec vous : l’histoire des cinq mots.

cinq mots pour vibrer dans le texte

L’histoire des cinq mots

Au mois de septembre dernier, un journaliste argentin (Axel Marazzi) partageait sur Twitter son secret d’écriture, LE conseil qui l’avait le plus inspiré tout au long de sa carrière. Deux jours plus tard, le message avait été retwitté plus de 5000 fois !

A l’origine des cinq mots

Ce fameux conseil est extrait d’un livre d’un écrivain américain Gary Provost. (100 Ways To Improve Your Writing: Proven Professional Techniques for Writing With Style and Power). A ma connaissance, il n’existe pas de traduction officielle en français, mais, tant par sa valeur que par sa forme, ce texte est une magnifique leçon d’écriture. Je vous en partage donc ma traduction, en espérant qu’elle saura vous inspirer.

Cette phrase contient cinq mots. Et voici cinq autres mots. Ce sont de bonnes phrases. Mais ensemble elles deviennent monotones. Ecoute ce qui se passe. Car la lecture devient ennuyante. Les sonorités commencent à ronronner. C’est comme un disque rayé. L’oreille voudrait plus de variété.

Maintenant, écoute. Je modifie la longueur de la phrase et je crée de la musique. De la musique. L’écriture chante. Elle a un rythme agréable, une cadence, une harmonie. Je fais des phrases courtes. Et je fais aussi des phrases un peu plus longues. Et, parfois, lorsque je suis sûr que le lecteur est détendu, je l’attrape avec une phrase d’une longueur considérable, une phrase qui flamboie avec énergie et qui croit avec toute l’impétuosité d’un crescendo, d’un roulement de tambour, d’un tintement de cymbales, des sons qui disent, écoute donc, c’est important.

Écris donc en mélangeant les phrases courtes, longues, très longues. Crée une sonorité qui flatte l’oreille du lecteur. N’écris pas seulement des mots. Écris de la musique.

Qu’en dites-vous ? N’est-ce pas une ambition enthousiasmante et magnifiquement mise en scène ?

cinq mots et la musique

Alors, comme je pense qu’il n’y a vraiment rien à ajouter, pour une fois je vais faire court et m’arrêter là… en attendant d’essayer de mettre tout ça en pratique dans les prochains articles.

Plus de détails

Pour plus de détails, et si vous parlez espagnol, voici l’article de Verne partagé sur El Pais qui m’a fait découvrir Gary Provost, il y a quelques autres conseils intéressants !

Et sinon, voici le twitt avec le texte original en anglais. Faute de varier les longueurs, j’aurais au moins varié les langues !

 

axel

@amarazzi

nada en mi vida me enseñó tanto de escritura como estos tres párrafos. nada, eh.

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Cette phrase contient cinq mots, histoire d’un conseil viral.

A quoi servent les ateliers d’écriture et comment choisir le sien ?

Article initialement publié le 20 juin 2017 sur l’Echangeoir d’écriture.

Il y a peu, je lisais un article sur les ateliers d’écriture qui m’a plutôt contristée, d’autant qu’en général j’apprécie Page42. Pourtant, ce sont des arguments que l’on entend souvent (personne ne peut apprendre à écrire, on a du style ou on n’en n’a pas…). Je participe régulièrement à des ateliers en tant que stagiaire et j’en anime également. J’AFFIRME que ces ateliers d’écriture (s’ils sont bien faits) sont extrêmement enrichissants. Voici pourquoi :

ateliers d'écriture

Ecrire s’apprend, les bons ateliers d’écriture peuvent vous y aider

Ecrire s’apprend comme n’importe quel autre art. Bien sûr, personne ne va vous prendre la main pour en faire sortir un petit génie. Mais l’écriture se base sur des techniques et des méthodes qui aident à trouver son propre chemin. Les refuser c’est d’une part risquer de perdre beaucoup de temps à improviser sans résultats et, d’autre part, finir par être influencé par des écrits bas de gamme. Je ne suis pas la seule à le dire, pour citer quelques sources : Stevenson, Flaubert, Muñoz Molina, S. King, S. Divry et bien d’autres ! Essayeriez-vous de copier Picasso sans connaître la différence entre la gouache et l’huile ? Pour l’écriture, c’est pareil. L’atelier n’est pas le seul moyen de d’apprentissage, mais un bon atelier vous fera gagner beaucoup de temps.

Ecrire est une activité solitaire : les ateliers d’écriture vous aident à socialiser vos textes

C’est important, parce que cela oblige à accepter le regard des autres. On apprend à écouter les critiques et à prendre de la distance pour se poser de nouvelles questions sur notre texte. Faire des retours sur les écrits des autres est également formateur, c’est une étape pour se relire avec discernement. Enfin, les ateliers d’écriture sont des espaces permettant de « parler boutique » et faire naître de nouvelles idées.

En atelier d’écriture, on prend des chemins auxquels on n’aurait jamais pensé :

Les propositions sont une ouverture pour sortir des habitudes. Vous ne le voyez pas tout de suite, mais cela aide à se constituer un répertoire de pratiques pour enrichir vos futurs projets.

Petite liste d’exemples que j’ai eu l’occasion de tester en atelier : le biographème, le fragment, l’inventaire, le texte en une phrase, des pastiches d’auteurs que je ne connaissais pas, les jeux oulipiens, de focalisation, de narration, de détournement (de contes, d’auteurs, de textes…). J’ai pu aussi découvrir des méthodes de développement d’idées ou des exercices pour améliorer une relecture.

Encore une fois, ce n’est pas parce que je les pratique en atelier que je vais les utiliser, mais ils m’ont permis d’enrichir ma palette de formes et d’avoir des idées de déblocage lorsque je n’obtiens pas ce que je veux avec mon texte.

ateliers d'écriture ouverture

Choisir son atelier d’écriture :

Il reste cependant une condition absolue pour une bonne expérience : choisissez votre atelieren fonction de ce que vous voulez en retirer. N’allez pas dans un atelier ludique si vous voulez approfondir l’écriture. Vérifiez que l’animateur est formé et demandez son programme. Un bon atelier ne s’improvise pas. Personnellement, une fois que mon idée d’atelier (pour un atelier ponctuel) ou mon programme (pour une session) est défini, il me faut entre une et deux heures de préparation, parfois plus, pour me sentir prête à animer. Et je peux dire les buts techniques et thématiques, le type d’approche de l’écriture, son insertion à l’intérieur d’un ensemble, l’expérience qu’il est censé proposer aux participants et proposer des formes alternatives si besoin !

NB : l’article de Neil Jomunsi parlait surtout de l’Ecole des Mots où les animateurs sont des écrivains. Un bon écrivain peut être un excellent animateur mais écrire et transmettre l’écriture ne sont pas synonyme. Par ailleurs, un écrivain très particulier peut être un extraordinaire animateur : il suffit qu’il sache s’éloigner de « son » écriture pour transmettre « l »’écriture.

Et vous, quelle expérience avez-vous avec les ateliers ?

Ecriture, mémoires d’un métier, les conseils de Stephen King.

Les conseils de Stephen King

Ecriture, mémoire d’un métier est un livre agréable à lire, drôle, direct, sans prétention et utile. C’est un parfait contrepoint à L’Anatomie du scénario que je vous avais présenté il y a peu, dans le sens où il préconise presque tout le contraire de ce que propose Truby. A vous de piocher et choisir ce qui vous convient le mieux !

Les conditions à mettre en place pour devenir un bon écrivain

Tout d’abord, Stephen King retourne dans son enfance pour trouver ce qui a nourri son imagination. En plus d’être truculente, cette partie du texte s’attaque aux questions de l’origine de l’écriture. Une première partie à méditer pour mieux se connaître, d’autant que SK n’hésite pas à nous transmettre les conseils qui l’ont le mieux aidé à se former.

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Les outils de l’écrivain

A l’instar de nombreux écrivains, S. K considère l’écriture comme un artisanat. Aussi n’hésite-t-il pas à partager sa « boite à outils ». Dans la deuxième partie, vous trouverez donc les éléments techniques, de langue, de style qu’il emploie et la façon dont il s’est entraîné à les utiliser. Bien sûr, tous ne sont pas adaptables à notre style. Mais à coup sûr, vous y trouverez des idées, des pratiques à tester et quelques conseils prêts à l’emploi.

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Des conseils et des astuces d’écriture

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Ensuite, SK annonce la couleur. Il ne peut rien faire pour les mauvais écrivains. Par contre, il peut aider ceux qui ont du talent à le déployer – à condition qu’ils soient d’accord pour travailler dur-. En 16 paragraphes, il développe ce qu’il considère être les clés d’une bonne écriture. Tout y passe, depuis l’importance des lectures assidues, jusqu’aux questions de rythme, de recherches contextuelles en passant par les descriptions, personnages, relectures ou les pistes pour rendre des dialogues vraisemblables. Encore une fois, c’est à vous de faire le tri. Vous trouverez forcément des choses intéressantes.

 

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Bien que je ne sois pas une passionnée de S.K j’ai relu à plusieurs reprises et avec le même plaisir Ecriture…J’y ai trouvé des conseils essentiels, différents à chaque fois. En ce moment, mon préféré (sans doute parce qu’il m’ait difficile de faire court) est la formule de réécriture : version 2 = version 1 -10% :

« tout texte peut, dans une certaine mesure être resserré. (…) Des coupes judicieuses ont un effet immédiat et souvent stupéfiant, – un vrai Viagra littéraire [1]».

Alors n’hésitez-pas, allez-y, puisez-y et partagez-nous votre conseil favori, il servira forcément à quelqu’un.

[1] Stephen King, Ecriture, mémoires d'un métier, Albin Michel, 2000, 
col. Le livre de poche, p. 266.